Le siècle de Svarog

La naissance et le développement des croyances mythologiques

 

Les racines de la mythologie slave se situent à l'époque où les tribus d'origine Indo-européenne n'étaient pas séparées les unes des autres. Donc, la mythologie slave représente une branche de la mythologie élaborée par les peuplades Indo-européennes il y a quelques millénaires.

Le développement de la mythologie slave durait depuis le 2-ème millénaire avant J.-C., quand les tribus slaves commencèrent à se séparer du groupe linguistique Indo-européen. Pendant ce temps elle subit de grands changements, mais certains vestiges de l'époque la plus ancienne se conservèrent tout de même jusqu'aux temps des recherches ethnographiques. C'est que le développement de la mythologie obéit toujours à la règle générale selon laquelle les croyances qui suivent n'évincent pas les précédentes, mais coexistent avec elles.

Les croyances des ancêtres des Slaves évoluèrent avec le temps. Ces croyances se développèrent, en enrichissant de plus en plus le système mythologique créé par l'imagination populaire. On peut distinguer les étapes suivantes dans l'histoire de ce développement obéissant à des processus parallèles dans les mondes antique (gréco-latin), germanique et celtique:

  1. La foi dans les bons génies et les esprits malins de la nature
  2. Le culte de la Grande Mère de l'univers
  3. Le culte de Svarog
  4. Les cultes des fils de Svarog et des dieux divers
  5. Le culte de Péroun
  6. La christianisation de la Russie sous le prince Vladimir (988 après J.-C.)

Chaque étape a ses traits caractéristiques.

Au commencement les Slaves anciens crurent aux génies "oupyrs" et "béréguinias". Les premiers, du genre masculin, se considéraient comme l'incarnation du mal. Les autres, du genre féminin, se considéraient comme l'incarnation du bien.

Il est intéressant de suivre les métamorphoses du mot "oupyr". Les Slaves anciens prononçaient sa première syllabe comme "ou" nasale - "oumpir". Les slaves méridionaux prononçaient "o" au lieu de "ou" et ajoutaient la consonne "v" - "vompir". Ils transmirent ce nom à leurs voisins occidentaux qui n'avaient pas connu de tels personnages. Le mot "vampire" pénétra alors dans les croyances des peuples occidentaux.

"Béréguinia" se traduit en français comme "une gardienne". Les béréguinias étaient des gardiennes célestes de l'homme et s'opposaient aux oupyrs. A l'origine elles représentaient des esprits impersonnifiés sans traits distincts. Mais les croyances de l'homme ne peuvent rester sans changement. L'image des génies naturels se développa peu à peu, et vint enfin le temps où les esprits impersonnifiés d'autrefois cédèrent leur place aux nouveaux possesseurs du monde, beaucoup plus pittoresques et beaucoup plus puissants. Ce fut l'époque de la naissance des dieux.

Il est impossible de séparer la mythologie de l'histoire du peuple, car les circonstances historiques imposent toujours leur réalité à l'esprit humain et à ces croyances. L'époque du matriarcat, la plus ancienne de notre histoire, laissa sa trace dans la conscience de toutes les peuplades européennes, y compris chez les ancêtres des Slaves. Le culte de la Grande Mère de l'univers est commun à toutes les tribus préhistoriques de l'époque. Les archéologues trouvent souvent des statuettes aux traits féminins soigneusement soulignés. De telles statuettes sont typiques pour tout l'espace européen, y compris la Rome et la Grèce les plus anciennes.

Nous ignorons le nom porté par la Mère du monde dans la région slave. L'auteur de l'article est tenté de croire que son nom était Slava, d'où la désignation des gens habitant le territoire où son culte était répandu sous le nom de "Slaves". De telles formes sont bien connues: ainsi la plus grande communauté des tribus slaves du 9-ème siècle, celle des Krivitches, reçut son nom d'après le dieu principal qu'ils vénéraient - Krive (Krivitches, patronyme du nom Krive, signifie "les fils de Krive").

L'image de cette grande déesse pénétra la mémoire populaire si profondément que 5-6 millénaires de changements historiques et, par conséquent, mythologiques ne réussirent pas à l'évincer ni à la remplacer par une autre image. Mère la Terre Humide, toujours dormante, donatrice de grandes forces à un héros, resta un personnage des contes russes jusqu'au 19-ème siècle.

Le patriarcat succéda au matriarcat, le culte du Grand Dieu succéda au culte de la Grande Déesse. Plusieurs peuples européens connurent cette étape du développement de leurs croyances. "Ouranos" - était le nom du Grand Dieu chez les Grecs. Les Romains le nommaient "Saturne". Les habitants du Champ Sauvage, vaste territoire au Nord de la Mer Noire, l' appelaient "Tengri-khan".

Le Grand Dieu des Slaves portait le nom de Svarog. Son nom provient du mot "svarga" qui signifiait le ciel dans la mythologie de l'Inde. C'était un paradis céleste, où régnait Indra, dieu principal de l'hindouisme. La liaison de ces mots prouve l'ancienneté et les racines communes des systèmes mythologiques des peuples Indo-européens.

Svarog, dieu du ciel et du feu céleste, forgeron divin, maître de tous les métiers, était le personnage le plus puissant de son époque. Selon une légende, il apprit aux gens primitifs à cultiver la terre et à forger le fer. Il leur donna une charrue, ayant fait tomber du ciel son modèle en or. L'extension du culte de Svarog montre que les derniers vestiges du matriarcat avaient disparu et que l'ère du patriarcat avait déjà commencé.

Le culte du Grand Dieu éclipsait la gloire des autres dieux et des très nombreux génies. Mais peu à peu leur pouvoir grandissait, leur importance augmentait. Vers le milieu du 2-ème millénaire avant notre ère les ancêtres des Slaves devinrent des sédentaires. L'agriculture commença à prédominer sur l'élevage du bétail, et les protecteurs célestes de l'agriculture occupèrent le premier rang de tous les personnages mythologiques. Le premier et le plus important d'entre eux était Dajbog, dieu du soleil et de la lumière diurne. Il était considéré comme une source de tous les biens de la nature. En même temps il était un dieu rude qui pouvait provoquer une sécheresse et vouer les gens à la famine.

Plusieurs autres dieux firent leur "carrière mythologique" avec lui. Avant tout Svarogitch, dieu du feu sacré. La conscience populaire croyait que Dajbog et Svarogitch étaient les fils de Svarog. Leur époque suivit celle de ce dernier.

Au 5-ème siècle av. J.-C. le monde des Slaves orientaux entra dans une période d'épanouissement. Les Slaves fournissaient du blé aux Grecs habitant en Crimée. La société slave se trouva à la veille de la création de son Etat. L'invasion Scytho-sarmate mit fin au siècle de Saturne, mais la conscience mythologique des tribus slaves engendra déjà des images, des sujets et des personnages qui restèrent dans la mémoire et qui ont commencé leur activité divine.

Stribog, Vélès, Khorse, Simargle, Troïan, Makoche, Giva prirent place sur l'Olympe slave. Mais le plus connu et le plus célèbre fut, sans aucun doute, Péroun. Son époque arriva avec la création de l'Etat. Comme le Zeus grec, il était d'abord un dieu du troisième rang, responsable des pluies et des orages. Mais possesseur de la foudre et du tonnerre, il devint le dieu de la guerre, qui protégeait les guerriers - le prince et sa droujine. Les princes et leurs boyards se mirent à la tête de l'Etat russe, et leur protecteur corporatif devint ainsi le seigneur des autres dieux et personnages mythologiques.

Selon les avis des savants, l'époque de Péroun ne dura longtemps. Il dominait au cours des 8-ème - 9-ème siècles, mais ce temps marqua la mémoire du peuple à travers les chroniques et les traditions populaires.

En 980 après J.-C., Vladimir Sviatoslavitch, prince de toutes les Russies, mécontent des cultes différents séparant les parties du pays qu'il venait de réunir, décida de réformer la religion païenne. Non loin de son palais il établit un panthéon devant servir d'exemple aux autres régions du pays. Celui-ci comportait les idoles de Péroun à la tête d'argent et aux moustaches d'or, Stribog, Dajbog, Khorse, Simargle et Makoche, le seul personnage féminin. Mais cette réforme ne le satisfit point. Le panthéon des idoles païennes ne pouvait pas jouer le rôle de la religion d'Etat. Alors le prince Vladimir décida d'adopter le christianisme. Cela eut lieu en 988.

Dès ce moment la religion chrétienne commença à se propager dans tout le pays, mais les croyances, les traditions et les préjugés païens allaient se conserver dans la conscience populaire jusqu'au 19-ème siècle et se conservent en quelque sorte encore de nos jours.

 

pour poser des questions, écrivez un email: ilion@ifrance.com